El Niño et La Niña
Définition d’El Niño
Le phénomène El Niño (le petit garçon en espagnol, et par extension « l’Enfant Jésus ») a été nommé à la fin des années 1800 par des marins péruviens qui avaient alors constaté l’apparition d’un courant chaud à la période de Noël. Ce courant correspond à une phase plus chaude que d’habitude appelée oscillation australe El Niño ou ENSO (sigle d’El Niño et Southern Oscillation) ou encore ENOA (El Niño-Oscillation Australe en français).
Des phases d’El Niño plus marquées ont été enregistrées en 1972-1973, en 1982-1983 et en 1997-1998.
Définition de l’OMM : phénomène caractérisé par une anomalie positive de la température de surface de la mer (par rapport à la période de référence 1971-2000), dans la région Niño 3.4 du Pacifique équatorial, dans la mesure où cette anomalie est supérieure ou égale à 0,5°C selon une moyenne calculée su trois mois consécutifs (OMM – Nouvelles du Climat Mondial – Janvier 2004 n°24).
Définition de La Niña
La phase plus froide qui fait suite à El Niño est nommée La Niña, soit petite fille en espagnol.
Définition de l’OMM : phénomène caractérisé par une anomalie négative de la température de surface de la mer (par rapport à la période de référence 1971-2000), dans la région Niño 3.4 du Pacifique équatorial, dans la mesure où cette anomalie est supérieure ou égale à 0,5°C selon une moyenne calculée sur trois mois consécutifs (OMM – Nouvelles du Climat Mondial – Janvier 2004 n°24).
Situation normale :
En décembre : on a des hautes pressions dans le sud est du pacifique et des basses pressions en Indonésie.
Les vents sont proportionnels à la différence de pression entre 2 points, ils se dirigent des hautes pressions vers les basses pressions. Donc, plus la pression près de l’Indonésie/Australie est basse et plus la pression près de l’Ile de Pâques est élevée, plus les alizés, balayant le Pacifique tropical de l’est vers l’ouest, sont puissants.
Les alizées « accumulent » de l’eau chaude à la surface du Pacifique ouest, à un tel point que la surface de la mer est d’environ 50 cm plus haute près de l’Indonésie qu’en Équateur.
L’océan Pacifique emmagasine d’énormes quantités d’énergie solaire grâce à ses mouvements de brassage.
Indonésie : Les alizés soufflent du nord-est et du sud-est : l’eau chaude de surface est poussée vers les côtes indonésiennes. Cette eau s’évapore pour former des nuages à forte instabilité : on assiste alors à des pluies diluviennes, c’est la saison des moussons.
A l’inverse, sur les côtes de l’Amérique du Sud : Les eaux chaudes étant « expulsées » vers l’ouest, les eaux froides de profondeurs remontent à la surface : c’est l’upwelling. L’eau du Pacifique est environ 8°C plus froide près des côtes sud-américaines. Ces eaux froides, riches en plancton, refroidissent l’air qui devient alors subsident. Un anticyclone froid et sec s’installe durablement sur les côtes du Chili et c’est une longue période de sécheresse qui débute.
On a alors le schéma suivant :
Situation avec El Niño :
Si la pression près de l’Indonésie se met à augmenter et celle près de l’Amérique du sud diminue, la différence de pression devient moins importante et les alizés commencent à faiblir dans le centre et l’ouest du Pacifique (à la limite, ils pourraient même changer de direction). Le trajet des alizés se modifie bouleversant cette circulation équilibrée des eaux chaudes du courant équatorial et l’upwelling. C’est là qu’un El Niño s’installe. L’eau chaude de l’ouest se déplace alors vers les côtes du Pérou ; le voyage prend environ 3 mois.
Sur le Pacifique : l’eau chaude est poussée vers l’est. Le centre et l’est de l’océan se réchauffent, chauffant ainsi l’air humide qui le surplombe, créant de la convection et formant des nuages et de la pluie. Cette zone de précipitations et d’orages s’étend alors plus à l’est qu’habituellement. En Polynésie, de fortes instabilités se développent.
Ces orages, fournissent à la haute atmosphère de l’humidité et des vents. Ces forts vents en altitude entraînent les systèmes météorologiques qui vont alors être déviés : la trajectoire des tempêtes est donc modifiée.
L’atmosphère continue de s’ajuster en provoquant une baisse barométrique sur le centre et l’est du Pacifique, alors que sur l’Australie et l’Indonésie, la pression augmente. Ces changements de pression influent directement la force des alizés qui vont encore faiblir et se retirer vers l’est.
Sur les côtes sud-américaines : L’eau chaude n’est plus poussée vers l’Ouest, donc l’eau froide ne remonte pas, donc l’air reste très instable : on assiste alors à des inondations provocant des désastres humains. L’eau n’est plus refroidie, le plancton ne développe plus, poissons et cétacées deviennent moins nombreux, et donc la pêche en souffre.
De l’autre côté, la situation n’est pas meilleure : L’eau chaude n’est plus poussée vers les côtes indonésiennes, l’eau froide des profondeurs remonte donc à la surface : Plus de mousson, plus de nuages, plus de pluies. L’air s’assèche, la terre devient aride : toutes les conditions sont alors réunies pour déclencher de terribles incendies.
On obtient le schéma suivant :
Plus l’eau et le vent s’ »obstinent », plus le El Niño devient important. C’est un jeu d’action-réaction. Quand les alizés redeviennent plus forts entraînant les eaux chaudes de surface vers l’ouest, les eaux froides des profondeurs remontent le long de l’équateur vers l’est; c’est « La Nina » (la fille). Il faut environ 18 mois pour boucler le cycle.
El Nino et le réchauffement :
L’Université du Canada a mis en évidence la variation de cycles d’El Niño sur une longue période en fonction du climat : à la fin du XIXème siècle, El Niño se reproduisait tous les 10-15 ans environ. Au début du XXème siècle, cette fréquence s’est graduellement réduite à moins de 3 ans tandis que la température moyenne augmentait significativement dans le Pacifique Ouest. Une nouvelle rupture climatique s’est produite en 1976, avec un réchauffement accompagné d’une plus grande humidité du climat, se traduisant par une nouvelle modification du cycle à environ 4 ans. Cette rupture climatique est sans précédent sur le siècle.
En remontant jusqu’à 155 ans, c’est-à -dire avant l’ère industrielle, l’étude apporte de nouvelles preuves que la variabilité décennale prévalait à une période (du milieu à la fin des années 1800) où le climat était plus frais et sec, et le forçage (concentrations en gaz à effet de serre, volcaniques ou solaires) du climat inexistant. Ce changement a été attribué à l’intensification du cycle hydrologique tropical dû aux émissions humaines de gaz à effet de serre,
. Les carottes de glaces
- Le phénomène ENSO accélère la fonte des glaciers tropicaux andins, provoquant une hausse de la température de la troposphère et la diminution des précipitations. Ces glaciers sont particulièrement sensibles aux anomalies climatiques et constituent des témoins extraordinaires des variations des dernières décennies, voire de plusieurs siècles et les indicateurs les plus fiables du réchauffement global de la Terre.
- 2 chercheurs de NGT ont mis en place depuis 1991 un réseau d’observation sur les glaciers du Zongo et de Chacaltaya.
Les carottes prélevées dans la glace permettent de déterminer avec précision l’abondance des précipitations des dernières décennies, mais aussi un calendrier de l’influence du Niño depuis des millénaires.
Depuis le début des années 1980, on observe une fonte générale et accélérée des glaciers andins. Les résultats des travaux « montrent que le recul mesuré a été trois fois plus rapide après 1980 que dans la décennie antérieure au Pérou. En Bolivie, il a été cinq fois plus rapide que pendant les quatre décennies précédentes. » D’autre part, les carottes glaciaires permettent la mise en évidence du réchauffement climatique par l’analyse des bulles de gaz piégées dans la glace, ce qui montre qu’un réchauffement plus important est bien à l’origine de l’augmentation de la fréquence et de l’amplitude des phénomènes ENSO.
Voir aussi :
Conséquences du réchauffement et évènements extrêmes
Le changement climatique : quels impacts sur les pôles ?
L’Oscillation Nord-Atlantique
Les océans et le changement climatique
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