Les océans et le changement climatique
(article de Cécile Maillard pour Météo-Le magazine)
Les écosystèmes marins commencent à souffrir du réchauffement climatique, avec des conséquences à long terme totalement inconnues.
Les manchots empereurs, immortalisés par le film de Luc Jacquet, La marche de l’empereur, pourraient disparaître d’ici un siècle, victimes du réchauffement climatique. « Le manchot empereur se reproduit en plein hiver et niche sur la glace de mer », explique Henri Weimerskirch, directeur de recherche au CNRS, responsable de l’équipe « Ecologie des oiseaux et mammifères marins » du centre de Chizé (Deux-Sèvres). « Si les glaces de mer disparaissent en Antarctique, les populations vont fortement chuter dans les cent prochaines années. » A l’autre extrémité de la planète, au Nord, la disparition de la banquise en été pourrait faire une autre victime : l’ours polaire, qui se nourrit en chassant les phoques sur les glaces de mer.
Floraison de phytoplancton marin
L’élévation de la température des océans – de 0,8 degré en moyenne en surface depuis 1900 – provoque un blanchiment des récifs coralliens tropicaux : stressés par une eau trop chaude, les coraux expulsent les algues microscopiques avec lesquelles ils vivent en symbiose. Si l’épisode dure trop longtemps, les coraux meurent. On sait aussi qu’une eau chaude contient moins de phytoplancton (végétal), ce qui chasse certaines espèces de poissons.
Les zones de nourriture se déplacent
Le réchauffement de l’eau en profondeur modifie la structure des océans. Les zones de rencontre entre des eaux de températures différentes se déplacent. Or ces fronts océaniques sont des frontières nutritives pour de nombreuses espèces. Au Sud, les manchots des îles Crozet nagent parfois plus de 300 kilomètres pour aller se nourrir dans les eaux polaires. Si le front se déplace vers le sud, la distance risque d’être trop importante pour les manchots.
Le réchauffement climatique se traduit également par une modification du régime des vents. Autour du continent antarctique, par exemple, le couloir de vent s’est déplacé vers le sud. Or les albatros de Crozet, pour atteindre leurs zones d’alimentation, parcourent des milliers de kilomètres en se laissant porter par les vents. S’ils ne peuvent plus aller jusqu’au couloir de vent, ces longs voyages deviendront impossibles.
Déplacements de populations
Pour Henri Weimerskirch, dont le laboratoire étudie de près les albatros de Crozet, « le réchauffement climatique peut provoquer des déplacements de populations, certaines espèces venant occuper des territoires abandonnés par d’autres. Les albatros de Crozet, par exemple, pourraient migrer vers un chapelet d’îles de Nouvelle-Zélande. Mais tous les écosystèmes seraient modifiés, avec des conséquences qu’on ne peut pas prédire. »
Réchauffement de l’océan, modification des vents, arrivées d’eau douce provenant des glaciers de l’Antarctique ou du Groenland… Ces phénomènes modifient les courants marins. « On s’attend à un brassage moins important entre les eaux de surface et les eaux profondes, explique Laurent Bopp, océanographe au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement, chercheur au CNRS. Or ce brassage permet de faire remonter en surface les éléments nutritifs, particulièrement abondants au fond de l’océan. Sans brassage, tous les écosystèmes seront bouleversés. »
Les écosystèmes n’auront pas le temps de s’adapter
L’ensemble de ces changements a des répercussions sur les poissons. Selon les travaux de Grégory Beaugrand, chercheur au laboratoire Ecosystèmes littoraux et côtiers (CNRS-Université de Lille), la raréfaction de la morue en mer du Nord ne s’explique pas uniquement par la surpêche, mais aussi par le réchauffement des eaux de surface. Dans une eau plus chaude, le plancton se raréfie, provoquant une surmortalité des jeunes morues.
La Terre a déjà connu des changements climatiques. Les écosystèmes se sont adaptés. « La grande nouveauté réside dans la rapidité à laquelle se font les changements. Les écosystèmes n’auront pas le temps de s’adapter », note Marion Gehlen, bio-géochimiste marin, chercheur au Commissariat à l’énergie atomique (CEA). « Ils sont d’une telle complexité qu’on ignore totalement quel sera leur comportement. On entre dans une période d’incertitude majeure.»
Une eau acide et corrosive
Précieux « puits de carbone », les océans absorbent entre un quart et un tiers du CO2 émis par l’homme. Mais une fois dissout, le CO2 augmente légèrement l’acidité de l’eau. Le processus est connu de longue date, mais jusqu’ici, il ne touchait que les eaux profondes. Les eaux de surface sont désormais concernées. Des éléments essentiels de la chaîne alimentaires sont menacés, comme le phytoplancton (végétal) et le zooplancton (animal).
Le calcaire est attaqué
« Dans l’océan, certains organismes ont des squelettes à base de carbonates de calcium, une sorte de calcaire qui est attaqué par les eaux acides », explique Marion Gehlen, bio-géochimiste marin au Laboratoire des sciences du climat et de l’environnement. Les coccolithophoridés, algues unicellulaires dont chaque cellule est entourée de plaquettes calcaires, sont fragilisées, ainsi que les ptéropodes, petits mollusques des eaux froides, et les coraux.
La prise de conscience de ce phénomène est récente (UNESCO, 2004). On dispose de très peu d’études sur les effets de cette acidification des océans. Tout au plus sait-on qu’elle va se poursuivre, et diminuer le pouvoir d’absorption du CO2 par les océans. Non seulement l’homme émet de plus en plus de dioxyde de carbone, mais les puits de carbone naturels de la planète, océans et forêts, perdent une partie de leur pouvoir.
Voir aussi :
Conséquences du réchauffement et évènements extrêmes
Le changement climatique : quels impacts sur les pôles ?
L’Oscillation Nord-Atlantique
Les océans et le changement climatique
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